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Sélections des Comités de lecture
Coups de cœur et très bons livres du dernier comité de lecture
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| Très bon livre | Ces petites brochures de 64 pages proposent aux adolescents (et aux pédagogues), des études sur un thème qui touche la société. Le sujet est délimité et contemporain : la crise, l’Union européenne, le terrorisme, le réchauffement climatique, etc…
L’exposition des faits et leur étude sont découpées en éléments : il s’agit d’informer, mais surtout, d’amener le lecteur à une position critique et à un questionnement.
La progression et la forme sont les mêmes pour tous les sujets :
1. Une page d’exposition générale / 2. Une vingtaine de pages pour "décrypter". Cette partie est importante dans le livre, mais n’est pas la plus facile d’accès. On y expose trois ou quatre faits qui sont chacun suivis d’un petit commentaire : la présentation qu’en ont faite les médias, les interrogations de certains, les réactions d’autres. Des photos de presse, des dessins humoristiques (assez caustiques), des schémas ou des cartes (trop peu nombreuses), accompagnent le texte. La mise en page est très étudiée : changements de police et de taille de caractères, pavés de textes, disposition en colonnes, couleurs, soulignements. Tout cela n’est pas toujours suffisant pour rendre le propos d’ensemble facile d’accès. / 3. Une quinzaine de pages constituent la rubrique "comprendre" qui est un glossaire précis – et utile – de 50 mots liés au sujet. C’est clair, concis, simple et efficace. Rappelons que les deux auteurs principales (Elisabeth Combres et Florence Thinard ont publié "Les 1000 mots de l’info", prix de la presse des jeunes). / 4. La dernière partie présente un choix de 5 ou 6 documents évoquant le sujet d’un point de vue qui peut être historique, philosophique, anecdotique… On comprend que d’autres choix auraient pu être faits, mais là encore, il s’agit d’amener à réfléchir et à prolonger la recherche. Des adresses de sites internet sont là aussi pour y inciter le lecteur. / 5. Deux pages d’index renvoient à des concepts, des institutions, des personnages (y compris dans les définitions de la partie "comprendre".)
Ces ouvrages sont séduisants par leur forme, nécessaires pour les connaissances qu’ils apportent. Peut-être ne réussiront-ils pas toujours à guider le lecteur vers une lecture critique et engagée comme ils se le proposent. L’éditeur indique "à partir de 11 ans", cela paraît un peu trop jeune et des lecteurs adolescents (voire avertis et concernés) ont plus de chances d’en tirer bénéfice. Le projet porte ses contradictions : faire simple, bref et clair sur des sujets vastes et complexes. La démarche, plus journalistique que pédagogique, va de quelques fragments d’actualité vers des considérations plus ou moins abstraites, là où souvent on procède en sens inverse : du global vers les conséquences.
Une remarque à propos des titres : ils laissent entendre une étude générale alors que le sujet est délimité et découpé en fragments peu nombreux et isolés. Au titre "La Chine", on aurait pu ajouter un sous-titre : "politique économique et développement de 1949 à 2008" ou plus simplement : "tendances actuelles", cela aurait été plus juste.
Néanmoins, ces petits livres, précis (même s’ils sont partiels) donnent une information sur des sujets peu abordés et sensibles de notre société. Pour adolescents et même pour adultes.
Hélène GIRARD |
| La présente brochure construite selon la même formule que les autres fascicules de la collection a pour point de départ quatre faits liés à la question de la crise financière et économique de 2008-2009. L’auteur propose de les "décrypter" pour aider le lecteur à comprendre les mécanismes de cette crise économique : 1. Les subprimes et le système financier sont abordés ici pour mettre en question les techniques risquées utilisées par les banques. / 2.Comment les faits économiques sont présentés par les médias qui jouent sur l’angoisse, l’émotion. La crise financière et l’économie dramatisée a ses héros et ses mythes. Mais les catastrophes humaines sont réelles. / 3. Les interventions des états, de leurs chefs "tout puissants" peuvent-elles réduire les effets de la crise ? / 4. Les conséquences de la crise apparaissent : les fermetures d’usines, le chômage, la pauvreté…
Une double page graphique, très lisible, schématise les événements et leurs conséquences.
Cinquante mots de l’économie sont très utilement et très clairement définis : balance commerciale, blanchiment, bulle spéculative… enfin, on comprend !
La partie "documents" est constituée d’extraits de livres, articles et discours.
Un index termine le document.
Cette petite brochure est plus abordable que les précédentes, peut-être parce que son thème est plus facile à circonscrire, mais aussi parce que son ambition de "former la réflexion citoyenne" est moins affirmée. Elle vise seulement (ce qui est déjà beaucoup) à informer et expliquer.
Hélène GIRARD |
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| Très bon livre | Comme le résume très justement le commentaire de l’éditeur, ce documentaire présente une analyse du "Coran" et une interprétation contemporaine de ce livre sacré.
En cela, Dounia Bouzar présente, une fois de plus, une pratique plurielle du culte musulman, puisque attachée à une période et à une culture, mais toujours respectueuse de l’intégrité morale et physique des êtres (croyant ou non, musulman ou non).
La vision de l’auteur est, de plus, servie par une mise en page douce et attrayante.
Chaque partie débute par une présentation brève (sur double page avec une illustration à droite) du contexte, relayée par une introduction à chaque chapitre, toujours une page gauche et colorée.
Les encarts de témoignages, "bon à savoir", "pour aller plus loin", "bibliographie"‚ ainsi que les dessins accrocheurs et explicites des deux illustrateurs, confèrent à l’ensemble une organisation et un rythme de lecture, s’apparentant à ceux d’un magazine. L’absence de progression dans la présentation accentue cette impression. De même, les typographies et les couleurs variées dynamisent le propos, le rendent accessible, encouragent à la lecture… et à la discussion.
Ce document, de par son contenu et sa forme, propose aux néophytes des bases de compréhension et, donc, d’argumentation de qualité, point essentiel sur un thème très sujet à controverse et à interprétation.
Marie-Aline KOWALSKI |
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| Coup de coeur | Mona était très attachée à sa grand-mère Malou qui vient de mourir : elle semblait si différente des autres adultes, musicienne, entourée de chats, elle s’était construit un monde qui n’appartenait qu’à elle, où la jeune fille trouvait tendresse et matière à imaginer sa propre vie. Lors des obsèques et des jours qui suivent, elle pose un regard sans indulgence ni complaisance sur son propre entourage avec lequel ses relations sont extrêmement tendues : d’inexistantes avec son père qui a quitté le foyer familial, elles peuvent être violentes vis-à-vis de sa mère. Celle-ci vit étrangement le décès, plus agacée par les soucis à venir, les dérangements, que peinée par la disparition. En effet, les liens dans la famille semblent avoir toujours été dénués de toute forme d’amour : que ce soit entre Malou et sa sœur, entre Malou et ses enfants, entre ses enfants eux-mêmes, mère et oncle de Mona. Avec ce dernier, Mona parvient à établir une complicité certaine.
Le violon de Malou, avec lequel joue un jeune homme inconnu lors des obsèques va guider la jeune fille dans la quête du passé de ces êtres qui ne cessent de se déchirer. Ceci pour comprendre, mais aussi parce que : "…nous restions seuls comme si Malou n’avait été la même pour personne et qu’il nous incombait, maintenant, d’en tracer le contour définitif et véritable, et surtout de l’imposer aux autres, comme une victoire sur eux."
Anne Jonas nous offre un texte superbe. Racontée à la première personne par Mona, l’histoire s’inscrit dans la forme d’un journal intime, même si ce n’est pas explicite (les jours ne sont pas datés, mais les événements sont racontés au passé, chronologiquement.) Sans bavardage, le récit se construit subtilement dans une écriture intime, riche et imagée. Les différents moments de l’intrigue relèvent plus de l’évolution des personnalités que de péripéties. Ainsi, irrémédiablement, les sentiments se prolongent sur les générations, étouffant des êtres, incapables de se construire harmonieusement. Le lecteur comprend les tensions des personnages, jamais totalement doux, jamais totalement violents, jamais totalement libres, mais jamais totalement dépendants. Mona, si elle n’arrive pas à s’accommoder de ces dualités, parvient à la fin de cet été douloureux à prendre des décisions pour son propre avenir : en enquêtant sur le passé de sa famille elle parvient à se prendre en main : "Pour la première fois de ma vie, j’ai l’impression d’avoir choisi. J’ai cessé d’annoter timidement, dans la marge un cahier tenu par d’autres. Je vais essayer d’écrire pleine page et surtout à la première personne du singulier."
Voici un très beau roman sur le deuil, les relations intergénérationnelles, la quête de l’autonomie.
Claudie L'HOSTIS |
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Coups de cœur et très bons livres du dernier comité de lecture
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| Très bon livre | Une vieille femme trouve un œuf, le mange et, au bout de neuf mois, accouche d’un serpent. Les trois voisines, filles du premier ministre, viennent voir l’animal. Seule la benjamine le trouve superbe. Le serpent grandit et devient menaçant. Il veut épouser la troisième fille du ministre qui accepte. Le serpent devient un beau prince après le mariage. Le jeune homme part en voyage en confiant sa mue de serpent à sa jeune épouse. Pour revoir le prince, elle doit la conserver intacte. A cause des deux sœurs jalouses, la fameuse peau est détruite. Après un long et périlleux voyage, la jeune mariée retrouve son bien aimé mais il est promis à une autre. Il faudra à la jeune femme courage et astuce pour enfin reconquérir son époux.
Je ne connais pas le code des légendes coréennes mais il est intéressant de constater qu’on y retrouve tous les "ingrédients" de nos contes occidentaux : l’animal peu sympathique, voire effrayant, qui se transforme en prince, les sœurs jalouses, les épreuves difficiles pour reconquérir un cœur, l’affrontement entre deux femmes, l’histoire qui finit bien avec promesse d’un amour éternel. Les illustrations colorées, sur double page, sont très belles et transportent vraiment le lecteur en Asie.
Une variante coréenne sur le thème d’ "Amour et Psyché", de "La Belle et la Bête"…
Marie-Françoise LE DU |
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| Bon livre | Arghal, précipité dans le pays de Mondobscur par une maladresse de son cheval Platon, cherche à regagner le monde de la vérité, Paysclair. Il y parviendra avec l’aide, entre autres, d’Azénor. Cette dernière suivra un apprentissage douloureux afin de découvrir Paysclair. Mais sa persévérance sera récompensée et l’encouragera à guider des gens de son peuple vers les lumières de la connaissance.
Comme l’annonce la quatrième de couverture, le mythe de Platon est ici rendu accessible aux plus jeunes. De plus, la partie "Jeux et Mystères", à la fin du livre, permet de choisir son niveau de lecture. Ainsi, le passage de l’histoire un peu fantastique à la pensée philosophique s’effectue avec plus ou moins d’accompagnement adulte… sachant que l’intérêt consiste bien à pouvoir échanger sur la connaissance et son importance dans l’épanouissement de la conscience. Par ailleurs, les dessins au trait et à l’aquarelle qui ponctuent le récit telle une bande dessinée, essentiellement en camaïeu d’orange et de noir, soutiennent le texte et facilitent l’entrée en lecture.
En résumé, voici un ouvrage de petit format, facile à manipuler et qui encourage agréablement à découvrir, ou redécouvrir, la philosophie.
Marie-Aline KOWALSKI |
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| Coup de coeur | Deux histoires pour le prix d’une, ou plutôt mille histoires où excellent la qualité graphique et un scénario implacable. Encore un "joli coup" Monsieur Browne.
Sur la page de droite, se déroule le traditionnel conte de Boucle d’Or et les trois ours, revisité par l’illustrateur dans un décor actuel "so british". Sur la page de gauche, une succession de vignettes en sépia, façon photographique, sans commentaire. Une jeune silhouette capuchonnée quitte sa maison et échappe à la surveillance de sa maman en suivant un ballon qui s’envole. Elle s’égare, erre dans des quartiers urbains, sombres et pauvres. Puis entre dans la maison cossue et propre de la famille ourse. Affamée, elle engloutit le bol de petit ours, casse sa petite chaise, monte à l’étage et s’endort dans le petit lit. Avec une page de retard, de retour chez eux, la famille ourse découvre les dégâts et la fillette dans le lit. Effrayée, elle s’enfuit, Petit Ours rêveur s’interroge sur la fugueuse. Celle-ci, après une longue marche sous une averse, retrouve les bras de sa maman.
Deux histoires où le réel contemporain côtoie l’imaginaire traditionnel, deux traitements graphiques admirablement maîtrisés : crayons de couleurs pastel, teintes délicates, coloriage doux d’une grande sensibilité, côté imaginaire ; aquarelle aux couleurs sombres et contrastées, aux contours affirmés dans les harmonies sépia et jaune orangé, côté réalité. Cette opposition volontaire s’affirme et se confirme dans la double page remarquable de la rencontre où le quotidien s’invite dans le merveilleux. Inépuisable, chaque image construit l’histoire, le lecteur se l’approprie, un détail peut en accentuer le sens (le rôle de l’ombre de la fillette : recherche identitaire ?, le décor aux multiples façades : la pauvreté vers la richesse ?)
Un album d’une richesse fabuleuse, à lire et à relire, qui fera date dans la littérature jeunesse.
Le titre anglais "Me and You" évoque, de mon point de vue, cette complicité extrême entre l’auteur et le lecteur, mission réussie. What else Mister Browne ?
Blandine DAVID |
| Anthony Browne revisite avec talent “Boucle d’Or et les trois ours” en jouant sur deux “tableaux” contrastés tant au plan de l’illustration que du texte. D’un côté (pages de gauche), l’histoire est centrée sur une Boucle d’Or des villes d’aujourd’hui, et contée sans aucun texte, avec des illustrations, aux teintes sombres, et contenues dans des cases. De l’autre côté (pages de droite), l’histoire est racontée par Petit Ours, avec un texte court et des illustrations colorées dans des teintes pâles. Les deux histoires sont menées en parallèle jusqu’à se recouper quand Boucle d’Or est découverte par les trois ours dans le lit de Petit Ours, dans une double page où les deux points de vue (celui de Boucle d’Or et celui des trois ours) se font face dans un magistral champ/contrechamp. Le livre s’achève par Boucle d’Or se jetant dans les bras de sa mère en une lumineuse et grande illustration. Bravo Mister Browne!
Cécile DENIS |
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Coups de cœur et très bons livres du dernier comité de lecture
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| Très bon livre | Un par un, l’orange, la poire et la pomme nous sont présentés ainsi que l'ours Grégoire. Celui-ci s’amuse à prendre la couleur ou la forme des fruits, jongle avec eux, puis les mange un à un avant de s'en aller.
Dans cet album, le texte n’emploie que les trois mots identifiant les fruits (pomme, poire, orange) et le nom de l’ours (Grégoire). Il permet d'apprendre le nom des fruits en jouant avec leurs sonorités. Les illustrations jouent avec les formes et les couleurs de ces quatre “personnages”, esquissés au crayon noir et aquarellés avec une belle maîtrise.
Simple, efficace, agréable : ce livre cartonné réjouira les tout petits.
Fabienne MANCEAU |
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| Très bon livre | Comme l’indique le sous-titre de cet album - "Un livre sur les mots" -, ce livre met en images et en mots ce qu’ils sont, à quoi ils servent, et donc ce qu’ils disent, au travers d’exemples simples qui parlent aux plus jeunes. Le rôle du langage est ainsi exploré sous différentes facettes.
Paru en 1957 aux Etats-Unis, cet album a été réalisé par un couple, Ann Rand étant l’auteur du texte et son mari, Paul Rand, l’illustrateur, par ailleurs designer et graphiste renommé. En effet, les images sont particulièrement fortes et graphiques : elles emploient des couleurs vives et contrastées, des formes simples, sans contours, sur des fonds blancs ou en à plat blanc coloré. Ces illustrations jouent habilement avec les textes et apportent une note souvent humoristique. Seul bémol : le revêtement rugueux (et brillant) de certaines parties de la couverture, très désagréable au toucher.
Un bel album ludique sur le pouvoir extraordinaire des mots et toute leur diversité, qu’ils soient dits, criés, chantés ou murmurés.
Cécile DENIS |
Coups de cœur et très bons livres du dernier comité de lecture
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| Très bon livre | Simon appelle son père : il a vu un monsieur sur le balcon où d’habitude aucun oiseau, pas même un pigeon ne se pose. Le père ne répond pas. Simon crie que le monsieur brille. Le père se lève par curiosité, se disant que l’homme pourrait peut-être être utile à son entreprise de chaussures. Tandis que Simon ouvre la fenêtre et touche timidement les ailes de l’homme, son père approche et constate une seule chose : il n’a pas de chaussures ! Simon se moque bien des chaussures qui occupent à plein temps son père et lui fait remarquer qu’il s’agit d’un ange. Mais son père ne l’entend pas et ne voit qu’un homme sans chaussures, chose totalement inconcevable, et propose de lui en offrir. Simon lui répond que l’ange n’a pas besoin de chaussures… L’ange s’envole, et, comme par miracle, les oreilles du père entendent à nouveau tandis que Simon salue l’ange qui s’éloigne.
Cette histoire étrange fait penser à un conte moderne qui traite de l’incommunicabilité entre un père et son fils, ce père dont la vie est entièrement absorbée par son travail de dirigeant d’un empire de chaussures et ce fils qui n’a plus que le rêve pour s’inventer un père qui l’écoute et le comprenne. L’ange, sans chaussures, aux ailes chaudes et bruissantes, parviendra-t-il à renouer les liens entre Simon et son père ?
Le texte de cet album, traduit de l’italien, se déroule comme un long poème, alliant réalisme implacable et imaginaire salvateur, dialogues et pensées, répétitions et envolées où les noms de chaussures rivalisent avec les mots évoquant les sons.
Les très belles illustrations de Joanna Concejo, réalisées au crayon noir où se mêlent des traits de couleurs parfois très vives, content avec une précision et une finesse extrêmes tous les non-dits et les souffrances. Elles jouent des symboles comme ces papillons rouges et jaunes, en cage ou épinglés, évoquant Simon qui se débat. Le lecteur se trouve ainsi plongé dans un rêve éveillé où l’enfant triste et déterminé tient tête à son père refermé sur lui-même, au milieu d’êtres ailés, de pieds et de chaussures.
Un album précieux que l’on referme tout doucement pour ne pas froisser les ailes de l’ange qui vient de changer le cours de la vie de Simon et de son père.
Cécile DENIS |
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| Coup de coeur | Une rare splendeur littéraire et esthétique !
Le texte de Françoise Kérisel nous fait découvrir Bashô, ce poète japonais itinérant de la seconde moitié du XVIIe siècle qui donna sa forme classique et définitive au haïku et l’éleva au rang d’une forme d’art absolu. Quelques exemples de son œuvre jalonnent le texte ainsi que quelques poèmes de Kikaku, son jeune disciple qui l’accompagne : les haïkus sont signalés typographiquement mais, plus subtilement, quelques vers sont intégrés au récit, lui conférant ainsi son ton poétique. Ils nous donnent un léger aperçu de cet amour de la nature et de ses moindres créatures, exprimé dans les registres les plus variés : par exemple, p.18, la façon dont Bashô renverse la cruauté moqueuse de Kikaku à propos de la libellule.
L’album est plein de cet esprit du zen que Bashô veut insuffler à son jeune disciple (p. 24) : dans l’apaisement par la contemplation et l’écriture, dans l’acceptation du rire et de la joie ou du drame (la mort de son ami des jeunes années, l’incendie qui le jette "sur les grands chemins. Quelle leçon de vie !", p. 32) dans le dialogue et le jeu entre les poètes…
Inspiré des almanachs classiques, l’album se divise en 4 saisons / 4 saisons de haïkus / 4 saisons de la vie de Bashô : chaque saison s’ouvre sur une double page qui se déploie à droite sur un troisième volet. Ouvert ou fermé, le volet est en correspondance avec l’illustration de la page de gauche et avec le texte. Au printemps, Bashô et son oiseau de papier se métamorphosent en papillon ; l’été, l’éventail est coquillage ; en automne, les feuilles rousses se changent en oiseaux au passage du poète et en hiver, dans un paysage de neige, presque monochrome, les petits plumes imperceptibles deviennent des petits lapins au pied de trois cerfs majestueux.
Par ailleurs, les planches profitent du choix "japonisant" du format très étroit et très haut (on connaît la passion de Frédéric Clément pour l’art et la culture japonais) : moments éphémères, émotions esthétiques, fulgurance d’une sensation, les images vont de l’infiniment petit au gros plan, sans hiérarchie, en parfaite correspondance avec la vision du monde des haïkus.
Malheureusement, ce descriptif ne peut rendre compte du raffinement des images (la technique, très sophistiquée, est indiquée en début d’album), mêlant peinture, objets délicats, insectes sur des fonds aux couleurs très recherchées. On retrouve les formes ambivalentes, hybrides – ainsi la libellule/piment, les bois des cerfs/branches… - chères à l’artiste, ainsi que les rapports subtils de couleurs, le goût des camaïeux, les motifs récurrents comme les citrouilles aux tiges en rinceaux, les branches noires tourmentées…
Impossible d’en donner la poésie, la volupté, la splendeur. Un ouvrage magnifique par son texte, son sujet, son papier, sa mise en page et la rare élégance du tout… comme à la grande époque d’Ipomée !
(Le "Bashô" de Kérisel/Clément et "Le vieux fou de dessin" de François Place : deux riches approches différentes et complémentaires, occidentales, de la culture et de l’art japonais. Indispensables.)
Claude DUPONT |
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| Très bon livre | Une belle histoire, triste cependant : une fille part à la recherche d’un cœur… car elle n’en a pas. C’est une jeune fille si belle que personne, personne sauf un jeune homme qu’elle éconduit brutalement, n’ose espérer quoi que ce soit d’une beauté si parfaite et si lisse.
Elle part à la recherche d’un cœur chez tous les artisans du village : cœur de pierre, cœur de bœuf, cœur de pain d’épices… jusqu’au jour où une vieille femme lui montre qu’elle a un cœur.
Les illustrations, avec la couleur dominante rouge, sont magnifiques et très expressives. A chaque double page qui s’ouvre, une peinture s’entremêle au récit.
Un très bel album au texte et aux illustrations fortes. A conseiller à tous.
Emilie BROWN |
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